Après la tragédie, les déclarations de responsables français avaient en effet accrédité l'idée d'une négligence de la compagnie nationale Yemenia et l'utilisation d'un "avion poubelle". Tour à tour, les ministres français des transports et des affaires étrangères, Dominique Bussereau et Bernard Kouchner, avaient laissé entendre que l'Airbus accidenté était interdit de vol en France depuis un contrôle pratiqué en 2007.
Selon eux, l'avion était suffisamment dangereux pour ne pas se poser sur le territoire national, mais pas assez pour rejoindre Moroni au départ de Sanaa. Ces déclarations erronées ont dessiné une politique commerciale de Yemenia difficilement tolérable pour la communauté comorienne touchée par la catastrophe. Et les vifs démentis apportés par l'aviation civile yéménite ont eu du mal à convaincre.
"Les faits et uniquement les faits", martèle depuis huit jours Khaled Al-Wazir, le ministre des transports, qui, officiellement, refuse de polémiquer avec son homologue français. Mais ils sont nombreux en coulisse, au sein de la compagnie aérienne, à critiquer les déclarations françaises jugées "sans fondement".
Le 7 juillet, le président du conseil d'administration de Yemenia est passé outre les précautions diplomatiques. "Si les pressions continuent sur Yemenia sans qu'on attende les résultats de l'enquête sur le crash, nous serions dans l'obligation de réexaminer notre commande de dix Airbus A350", a averti M. Abdul Khaleq Al-Kadi, qui attend du constructeur européen "un soutien médiatique et moral". Yemenia avait confirmé en novembre 2007 cette option d'achat, pour un montant estimé à 2 milliards de dollars (1,4 milliard d'euros).
Le 8 juillet, des dizaines d'employés de la compagnie ont convergé vers le siège de l'ambassade de France à Sanaa pour dénoncer la circulation "d'informations erronées, qui renforcent l'ambiguïté et le doute" sur l'accident.
COMMUNICATION DE CRISE
Depuis les premières heures du mardi 30 juin, Yemenia a tenté de lutter contre les accusations de "compagnie au rabais". Au centre de sa communication, Yemenia explique que le changement d'avion au départ de Sanaa pour Moroni n'avait été motivé que par des raisons commerciales, et que l'aspect peu reluisant de la cabine intérieure de l'Airbus A310 n'était pas synonyme d'une maintenance technique approximative.
Peu après l'annonce de l'accident, la salle de conférences de l'aéroport de Sanaa a été transformée en centre de presse. Les représentants de l'aviation civile, du ministère des transports et de la compagnie y ont fait front commun. Le directeur de la maintenance, M. Hassan Al-Huthi, a retracé avec précision l'historique technique de l'avion accidenté, "en parfait état de fonctionnement, exempt de la moindre anomalie, contrôlé le 2 mai sous la supervision d'un ingénieur d'Airbus", avant de conclure que "la flotte répond bien aux normes internationales".
Le président yéménite, Ali Abdallah Saleh, a dépêché ses ministres au front. Celui des transports à Paris et Bruxelles, celui du tourisme à Moroni. Mais le langage politique et les navettes diplomatiques ont bien du mal à faire oublier le qualificatif d'"avion poubelle".
La compagnie Yemenia, qui a découvert la communication de crise à la suite de la catastrophe des Comores, rappelle qu'il s'agit de sa première tragédie aérienne depuis sa restructuration, en 1978.
François-Xavier Trégan
LE MONDE | 10.07.09 | 14h22





