HOANI (Comores), 12 mars 2008 (AFP) - L'homme fort de l'île comorienne d'Anjouan, Mohamed Bacar, qui défie le gouvernement fédéral depuis neuf mois, a affirmé mercredi être partisan du "dialogue" pour résoudre la crise, tout en se disant "prêt à mourir", alors que l'armée se prépare à l'attaquer.
"Je suis prêt à mourir pour défendre le droit et la démocratie à Anjouan, nous sommes prêts à combattre les envahisseurs et à défendre Anjouan. Nous ne réclamons que le respect de la loi", a-t-il assuré au cours d'un entretien avec l'AFP et France 24 dans sa résidence privée de Hoani, au nord d'Anjouan.
"Je souhaite que tous ces gens reviennent à la raison et acceptent de discuter, parce que même s'il y a débarquement, on peut avoir des craintes pour l'après. S'il le faut nous combattrons, nous disposons d'assez d'armes et d'assez d'hommes", a-t-il affirmé.
Toutefois, "il n'est jamais trop tard pour la paix (...) Ce qu'il faut c'est organiser une table ronde sur les vrais problèmes des Comores, entre Comoriens, mettre tout à plat et discuter. Si la table ronde décide qu'il faut de nouvelles élections à Anjouan, alors nous ferons des élections", a-t-il promis.
Le président de la fédération comorienne, Ahmed Abdallah Sambi, a déclaré que le scrutin de juin 2007 à Anjouan n'était pas valide et n'a pas reconnu la réélection du colonel Bacar, tout comme l'Union africaine (UA), la France, ou les Etats-Unis.
M. Sambi a annoncé en janvier son intention de rétablir "l'ordre constitutionnel et la sécurité contre les autorités illégales d'Anjouan" par la force et a reçu le 20 février le soutien de l'UA.
Quatre pays - Tanzanie, Soudan, Libye, Sénégal - ont promis d'envoyer des troupes pour soutenir l'opération.
"Parmi les pays qui se disent prêts à massacrer des Anjouanais, certains n'ont jamais eu d'élection chez eux et ils veulent nous donner des leçons de démocratie", a accusé le colonel Bacar dans sa spacieuse résidence, surveillée par des gendarmes, avant d'accuser à son tour M. Sambi de ne pas avoir respecté la Constitution lors des élections.
M. Bacar veut également défendre son bilan, affirmant que "beaucoup de mensonges sont véhiculés sur Anjouan, mais ici les fonctionnaires sont payés chaque mois, nous avons le courant électrique 24 heures sur 24 et malgré l'embargo nous avons fait des réalisation dans l'île: école, aéroport, augmentation de la capacité de stockage d'hydrocarbures".
Interrogé sur les violations des droits de l'Homme, notamment des témoignages de tortures, dont son régime est accusé, M. Bacar affirme que "ce sont des manipulations organisées par le président Sambi. C'est un grand simulateur. Ici personne n'est torturé".
Pour lui, le problème des Comores "vient de l'Union, ce qu'il faut c'est une confédération avec une plus large autonomie des îles, ce qui pourrait arranger aussi les relations avec Mayotte", île de l'archipel ayant choisi par référendum de demeurer française lors de l'indépendance obtenue de Paris en 1975.
Depuis l'indépendance, cet archipel particulièrement pauvre est miné par l'instabilité, une vingtaine de tentatives de coups d'Etat y ayant eu lieu.
En outre, l'Union est secouée depuis des années par des conflits de compétence entre les trois îles (Grande-Comore, Anjouan, Mohéli), dotées chacune de leurs propres institutions, et l'Etat fédéral.
Anjouan avait fait sécession en 1997, avant de réintégrer les Comores fin 2001.
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