Le crash de l'A310 de Yemenia, qui a si durement frappé la diaspora comorienne, a suscité un sentiment d'injustice dans le coeur des comoriens restés au pays.
Dans certains villages, c'est plus de la moitié de la population qui s'est expatriée.
Crédit photo : E.T./Malango
En avril 2008, nous avions publié les résultats d'une étude de la BAD (Banque africaine de développement) à propos des flux financiers liés à différentes diasporas, dont la diaspora comorienne. Il ressortait de cette étude qu'ils pèsent, pour les Comores, « 24% du produit intérieur brut (PIB) du pays et 346 % de l'aide publique au développement dont il bénéficie ».
D'après cette étude, en 2005, ce sont 70 millions d'euros qui sont arrivés dans l'économie comorienne en provenance de sa diaspora.
C'est dire l'importance économique pour le pays de ces compatriotes exilés à travers le monde. Ce rapport précise en outre que « six à dix fois par an », un comorien exilé envoie les « 103 euros qu'il a mis de côté chaque mois » en moyenne.
Les comoriens restés au pays en sont très conscients. « Ce sont eux qui financent les routes du village, ou l'école... », confie un chauffeur de taxi. Pour Paul, responsable de l'immigration au port de Moroni, « c'est la diaspora qui amène l'argent aux Comores ». Tous laissent entendre qu'avec cet accident, les membres de la diaspora sont bien mal récompensés des efforts qu'ils font pour leur pays.
Aux Comores, celui qui possède se doit de partager avec sa famille, ses proches, son village. Quand les « je-viens » rentrent aux Comores pendant les vacances scolaires de l'été français, ils sont un peu accueillis comme les « tontons d'Amérique » qui reviennent les poches cousues d'or. Au retour, ils seront souvent fauchés, ayant distribué jusqu'aux beaux vêtements qu'ils portaient à leur arrivée.
La diaspora participe également à l'économie de l'archipel par de petits investissements. Un expatrié mettra, par exemple, une voiture dans un conteneur à Marseille ou Dubaï. Utilisée par un frère, un cousin qui « fera le taxi », elle permettra de faire vivre une famille.
En juillet et août, c'est la saison des grands mariages. L'occasion pour les exilés de rentrer au pays pour cette fête unique, les valises emplies de cadeaux pour les futurs mariés, mais également d'argent liquide, souvent plusieurs milliers d'euros.
Le crash du 29 juin n'est donc pas seulement une tragédie humaine, c'est également une perte économique non négligeable pour des familles qui vivent dans l'attente de cette manne en provenance d'Europe ou des pays arabes toute l'année.
E.T
