Au feu les jupettes, les pantalons et toutes les tenues «provocantes» ! Les virées en discothèque ainsi que les maquillages trop prononcés seront banis. Bientôt, le chiromani, le Bwiyi bwiyi, la djelaba et les gants seront de rigueur pour la junte féminine comorienne. Voilà, la nouvelle trouvaille de notre cher Président et de sa troupe de grands penseurs pour mettre en marche la machine du développement économique des COMORES.
Il faut avouer qu'au rayon des sujets qui pouvaient diviser la paisible et tolérante société comorienne, SAMBI et ses amis ne pouvaient pas trouver mieux. En effet, selon des informations dignes de foi, un décret serait actuellement en préparation pour interdire aux femmes comoriennes certaines tenues et resteindre leur liberté dans certains actes de la vie courante. Nous nous posons la question de savoir si, comme leurs consoeurs d'Arabie Saoudite, la conduite d'un véhicule automobile ne leur sera pas simplement interdite. Pourquoi dans leur élan, nos responsables ne décideraient-ils pas de séparer dans les établissements scolaires les filles des garçons ? A ce rythme, nous aurons bientôt droit à nos «pasdarans», ces redoutables milices, gardiens de la révolution et des moeurs en IRAN.
Certes, chacun a le droit d'avoir son opinion sur ces futures mesures mais, nous ne devons pas perdre de vue certains principes qui ont, depuis des siècles, régi notre société et assuré sa stabilité et sa cohésion. Les comoriens sont tous des musulmans qui pratiquent leur foi avec beaucoup de ferveur mais surtout, avec une bonne dose de tolérance et de respect de l'autre. Pourquoi au lieu de s'atteler aux vrais problèmes qui préoccupent nos concitoyens, le gouvernement va-t-il créer une polémique stérile qui risque de diviser l'opinion à une époque où, bien au contraire, nous avons besoin de toutes les énérgies pour faire face aux défis et aux obstacles qui se dressent devant nous ? Au risque de m'attirer les foudres des défenseurs d'un retour à l'ordre moral ou peut-être même de ceux qui souhaiteraient transformer notre pays en République islamiste, j'affirme sans détours qu'il s'agit là, d'une mesure tintée d'un obscurantisme moyenageux et gravement préjudiciable à la condition féminine.
S'adressant récemment aux femmes comoriennes, le RAIS SAMBI les a pourtant exhortées à s'impliquer d'avantage dans la vie économique. Nous pensons que ce discours démagogique manque de cohérence car, les mesures en gestation ont pour seul et unique but de transformer les femmes comoriennes en bonnes mères de famille, en vulgaires maîtresses ou en domestiques, spécialisées dans les tâches ménagères. Visiblement, SAMBI et ses amis nagent à contre-courant de l'histoire du monde.
Incapables d'apporter des vraies solutions aux difficultés auxquelles le peuple est confronté, nos dirigeants cherchent par des manoeuvres dilatoires, à nous endormir et à nous maintenir dans une forme d'ignorance des réalités du monde moderne.
Ne nous trompons pas de combat. A quelques jours d'une négociation importante avec les autorités françaises au sujet de l'épineuse question de Mayotte, nous attendons de nos autorités une attitude digne et surtout respectueuse de notre histoire et des lois de notre pays.
Enfin, dans un univers où la mondialisation impose ses règles, les COMORES doivent affirmer plus que jamais, les valeurs de tolérance, de respect des autres et surtout accorder aux femmes, la place qui leur revient dans notre société. Chercher à réduire les femmes en citoyennes de seconde zone, c'est se priver d'une énergie supplémentaire pour le développement.
A PARIS, LE 13 MAI 2008/ AHMED